Shanghai Express | |
LE LOTUS BLEU(2/7)...où l'on découvre comment une image de Bande Dessinée, ressurgie des vapeurs d'une enfance oubliée, me sert de point de départ à une errance dans le Shanghai d'un autre siècle, subsistant miraculeusement au milieu des néons colorés.Un voyage débute souvent de la même façon : «accroché» à son guide comme à une bouée de sauvetage, on commence par rechercher instinctivement les "sites qu'il-ne faut surtout pas rater", comme autant de repères qui, bénéficiant d'une lecture préalable, sont supposés rassurer dans un univers déroutant... Et puis, soudain, quelque chose vous fait subitement dévier de cette route toute tracée. Ca peut être une rencontre, un son, une odeur, un mouvement à peine perceptible. Peu importe... Ce détail imprévu ouvre alors une brèche qui vous fait brusquement dévier du cours des choses prévisibles pour rentrer dans une autre dimension. A chaque fois, ces instants "charnières" enseignent ceci : Voyager, ce n'est pas arriver, c'est être en chemin... L'arrivée sur place calme pourtant vite la machine à rêver ! A peine sorti de la station, je débouche sur une artère bondée, envahie (comme partout ici) de voitures bruyantes, d'une foule compacte et de centres commerciaux tapageurs... Quelque chose d'imperceptible (là encore...), pourtant, m'incite à poursuivre mon chemin : au milieu de ce décor ultra-urbain se ressent comme une liberté nouvelle, une légèreté qui effleure, une douce sensation d'errance... loin du sentiment d'écrasement décrit dans le précèdent carnet. Ce sont les buildings qui, bien qu’omniprésents, desserrent leur étau de matière et se tiennent plus à distance ; ce sont les sonnettes des vélos, plus nombreux, qui prennent peu à peu le pas sur les klaxons des voitures. Ce sont tous ces platanes qui, même sans leur feuillage, jalonnent le trottoir et semblent appartenir à un autre temps. Doucement, la couche moderne de la ville - que l'on c Au hasard de la visite, je croise tout de même, ça et là, quelques «monuments» - les maisons, transformées en musées, d'homme politiques chinois célèbres (Sun Yat Sen, Zhou Enlai...pour ceux qui ont un peu étudié la question) - qui ne valent pas vraiment le détour, si ce n'est leur présence cocasse au beau milieu de cette rêverie. Et là encore, je prends d'un coup conscience d'une autre réalité : ces hauts lieux de la mythologie politique chinoise, pour la plupart communistes, se trouvent aujourd'hui au coeur d'un quartier en phase de « branchisation » avancée, devenu le lieu de rassemblement d'une jeunesse shanghaienne Mon errance s'achève par le retour à pied vers le centre moderne et bouillonnant de Shanghai... La lenteur, incarnée ici par la marche, ne m'a jamais semblée aussi précieuse que dans ces univers qui en sont totalement dépourvue. Le plus grand paradoxe de cette ville n'est-il pas de faire retrouver au voyageur la conscience du temps qui passe quand tout, autour de soi, suggère l'accélération et le temps aboli ? Toujours est-il que, la encore, la balade se révèle riche d'enseignements : en m'approchant de nouveau du coeur de la ville, jelonge un à un les immenses chantiers, trous béants ou échafaudages gigantesques qui remodèlent le relief urbain. Shanghai est une ville-chrysalide, qui semble se renouveler à chaque instant. En jetant un rapide regard circulaire, j'aperçois dans l'obscurité des dizaines de grues éclairées qui pivotent en permanence au dessus de la ville, tels les tripodes de la "Guerre des Mondes" détruisant froidement tout ce qui existait avant eux. Mouvements rageurs des pelleteuses, grondement sourd des bulldozers, bips stridents des remorques de camions géants... Destruction, reconstruction, élimination, renaissance,... Shanghai décline en accéléré le cycle naturel de la vie, dans une "fureur de vivre" qui lui donne l'illusion de rattraper le temps perdu. Les années Mao ont-elle plongé la ville dans un coma si profond qu'il faille, pour la ressusciter, cet electro-choc ultra-capitaliste qui, sans nuance, bouleverse tout en profondeur ? Seul au milieu du nombre, devenu infiniment petit, dépouillé de mes rôles sociaux, arraché à mes plaisirs familiaux, affranchi de toutes mes habitudes rassurantes, me voilà simplement livré à soi-même, libre et seul, porté par mille euphories mais aussi lesté de lourdes angoisses et d'un doute profond, auxquels je suis brutalement confronté, sans filtre ni repères... Souvent, ce n'est qu’en s'imposant l'épreuve de la route que l'on fait surgir les preuves de sa déroute... Suite du carnet : CHINA BLUES (3/7) Choisir un carnet :
1 - Dans la gueule du dragon
2 - Le Lotus Bleu 3 - China Blues 4 - Passager Clandestin 5 - Lent Tropique 6 - Au coeur des ténèbres 7 - Souvenirs de Chine Voir aussi : L'album Photos L'Esprit du Voyage Publié à 01:56, le 27/03/2007, Mots clefs : { Page précédente } { Page 7 sur 9 } { Page suivante } |
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